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Entre engorgement et agilité : nos constats de la relance culturelle

Quoi retirer d'une première année de relance culturelle ? Notre bilan pour la danse : de nouveaux défis demandent une nouvelle agilité.


Pour un portrait réaliste de la relance

Dès la réouverture des salles et des frontières, tout le milieu des arts vivants s'est activé pour ramener les oeuvres en contact avec les publics. Les programmations annulées ont été reprises, les tournées internationales retardées se sont concrétisées, les marchés des arts virtuels se sont rematérialisés... La bouffée d'air qu'annonçait la fin des mesures sanitaires a rapidement étouffé les bonnes intentions d'adopter un rythme plus lent une fois la pandémie résorbée.


L'Agence s'est lancée dans le bal - bien sûr -, souhaitant repositionner ses artistes et partenaires sur les scènes provinciales et internationales. Après des investissements majeurs dans des dizaines de tournées panquébécoises et des présences marquées à plusieurs rendez-vous des arts vivants (Avignon, ICE HOT Helsinki, Tanzmesse, Fringe Édimbourg, CINARS et plusieurs autres), nous avons constaté des changements de dynamique marqués autant ici qu'à l'étranger. Nous souhaitons aujourd'hui dresser un portrait propre à l'Agence de l'état de cette diffusion culturelle changée, engorgée, qui doit composer avec un public dispersé, une main-d'oeuvre fragilisée et une situation mondiale précaire. Si nos constats semblent défaitistes, ils aspirent surtout à donner l'heure juste afin de mieux s'adapter et pérenniser la relance.



Constats : L'art vivant au temps de l'endémie

Moins d'espace pour de nouvelles propositions

À la fois pour honorer leurs engagements que pour rappeler à leurs publics leur personnalité artistique, les salles longtemps fermées pendant la pandémie ont choisis une reprise presque à l'identique de leurs programmations annulées. Deux ans de retard ainsi accumulés se reflètent sur les calendriers des diffuseurs québécois et canadiens qui n'ont plus de place pour des ajouts parfois jusqu'en 2025.


Un public démobilisé

En dehors des grands centres, les diffuseurs en province et au pays cherchent encore comment renouer avec leurs audiences. Les nouvelles habitudes créées durant le confinement - consommation de produits télévisuels et ludiques à la maison, par exemple - sont difficiles à renverser. Résultat, les salles s'en trouvent moins remplies. Ce phénomène est particulièrement saillant pour les spectacles de danse.


Des programmations moins audacieuses

Conséquemment, les programmateurs et les directions artistiques tentent d'attirer les spectateurs avec des propositions qui restent dans leur zone de confort. Les propositions plus lumineuses sont ainsi fortement recherchées pour espérer répondre au besoin de positivité que les audiences fatiguées par la pandémie et la guerre recherchent. Les oeuvres plus iconoclastes, plus sombres, d'artistes émergents ou avec une forme nouvelle susciteront moins d'intérêt lorsque viendra le temps de monter une programmation.


Une précarité financière dans le réseau de diffusion

Les cachets plus élevés peuvent devenir un frein lorsqu'on négocie des dates pour un spectacle dans une programmation. Avec des budgets limités, les programmateurs miseront souvent sur plus d'oeuvres moins dispendieuses ou investir dans une valeur sûre.


Une connaissance sectorielle à rebâtir

Avec le départ de nombreux travailleurs culturels et techniciens pour d'autres secteurs durant la fermeture des salles, un roulement de main-d'oeuvre s'est initié et a résulté en l'embauche massive de nouveaux employés qui arrivent souvent dans l'industrie avec une connaissance faible de la culture chorégraphique québécoise. Au point où certains ne savent pas reconnaître les chorégraphes et les festivals de renoms du premier coup. Cette expérience limitée face au secteur change leur perspective, et ces nouveaux interlocuteurs pour les compagnies privilégient les spectacles au marketing clair et facilement défendable plutôt que les artistes de carrière à la démarche travaillée.


Une crise énergétique qui influence les programmations

La guerre en Ukraine et les impacts sur la circulation de l'électricité et du gaz en Europe ont des impacts réels sur la capacité des diffuseurs internationaux à recevoir des spectacles. Avec des factures d'éclairage et de chauffage qui grimpent en flèche, le choix de recevoir une proposition peut parfois être motivé par son efficacité énergétique, voire sa capacité à être reçue tout court : certaines salles anticipent des fermetures pendant les mois plus froids pour économiser.



Recommandations : La flexibilité et la communication comme atouts

Au-delà de ces réalités plus sinistres, plusieurs stratégies nous semblent propices pour faire de ces constats une invitation à revoir ses méthodes, voire une opportunité de rayonner différemment.


Rester agile

S'adapter est la clé dans un milieu qui cherche encore sa nouvelle normalité.

  • Si une occasion de diffusion imparfaite se présente, se demander comment nos pratiques peuvent s'y mouler peut permettre de se réinsérer dans un calendrier complet.

  • Avoir plusieurs scénarios de diffusion pour offrir des cachets, des paramètres techniques ou des modalités d'accueil variables - sans dénaturer l'oeuvre ou sous-payer ses artistes, bien sûr! - peut rejoindre un diffuseur dont le budget, la main-d'oeuvre ou les conditions de la salle sont limités.

Communiquer avec clarté et éclat

Une stratégie marketing et promotionnelle réussie ouvre les possibles.

  • Faciliter le contact avec l'oeuvre autant avec le public à venir qu'avec le programmateur qui cherche à remplir sa programmation permet de sortir du lot.

  • Une trousse marketing complète, simple à utiliser et avec plusieurs médias (textes, photos, vidéos) donne un avantage au moment de vendre le spectacle et de le promouvoir.

Miser sur le positif

L'engouement pour les oeuvres fortes et positives peut jouer en la faveur de vos autres créations.

  • Sortir de son répertoire les spectacles plus positifs permet d'approcher un diffuseur en répondant à son besoin tout en préparant le terrain pour qu'il présente votre plus récente création dans un deuxième temps.

  • Faire valoir les aspects lumineux d'une oeuvre dans ses pitchs, même si celle-ci peut comporter un côté sombre, peut permettre d'entamer le dialogue avec les salles de spectacle afin de mieux défendre l'entièreté de votre démarche une fois le contact établi.

Réseauter

Reconnecter avec son réseau devient essentiel dans ce contexte où les rencontres virtuelles perdent en popularité.

  • Une participation plus assidue aux activités de réseautage et aux opportunités de présenter des vitrines ou des pitchs permet de reprendre contact avec les représentants (anciens et nouveaux) des marchés québécois, canadiens et internationaux pour leur présenter la qualité des œuvres mises en vente.

  • Prendre un rendez-vous privé avec ses partenaires prépandémiques pour leur présenter votre état actuel de la situation et discuter de vos projets est une bonne manière de resolidifier des liens et avoir une présence confirmée dans l'esprit des programmateurs.



Conclusion : Pour une diffusion plus humaine

Au sortir de deux ans d'arrêts et d'une année de sprint à travers les scènes de la province et du monde, c'est l'importance du lien humain qui ressort comme l'élément au coeur de la reprise. L'aspect commercial des arts a été relégué au second plan, alors que le plaisir simple de se retrouver pour faire vivre l'art rassemble, rassure, console. La beauté de notre secteur réside dans cette capacité à transformer le renouveau de son secteur en retrouvailles chaleureuses. Les ombres dans le décor sont temporaires, avec des ajustements certes complexes, mais qui sauront encore une fois faire valoir la grande résilience de notre secteur. À terme, l'émotion que nous fait vivre la danse et la culture ont déjà commencé à réparer ce qui était brisé. Et elles continueront à le faire brillamment, grâce à nos efforts coordonnés.



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